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Le dossier consacré aux difficultés financières des artistes dans Le journal de Montréal et dans Le journal de Québec, s’il venait d’une bonne intention, ne fait que renforcer les préjugés de l’ensemble de la population envers nos artistes.

Le problème réside dans l’emploi du terme «passion». Dans le discours général, et malheureusement encore dans ce dossier, les artistes sont présentés comme ces gens qui veulent vivre de leur passion, autrement dit des enfants gâtés qui transforment leur loisir en métier. Quelle impudence à une époque où tant de travailleurs et travailleuses peinent à joindre les deux bouts! Comme si les artistes n’étaient pas des travailleurs et des travailleuses. A-t-on déjà reproché à des médecins, des ingénieur.es, ou encore à des professeur.e.s de vouloir vivre de leur passion?

Sur le plan légal (et fiscal), l’artiste est un.e travailleur.se autonome comme les autres. Le seul filet qu’il a est celui qu’il se tisse. Il y a effectivement des différences de statut entre un.e comédie.ne et un.e auteur.e, notamment en ce qui concerne l’assurance chômage. Et devinez quoi? L’auteur.e est le parent pauvre du monde artistique. Pourquoi? Parce que la littérature est toujours et encore considérée comme un «allant de soi», une prémisse qu’on ne remet pas en question. C’est acté. Débrouillez-vous. Nous ne sommes plus au XVIIIe siècle, où la plupart des auteur.e.s étaient des nanti.e.s. L’image perdure pourtant dans une figure romantique de l’individu qui mord sa plume à la lueur de la chandelle. On se réveille, on est au XXIe siècle. Être auteur.e n’est pas une posture. Ni une imposture pour téter à même les mamelles des organisations locales et/ou organismes gouvernementaux des subventions et autres bourses. Ceux et celles qui les obtiennent ont travaillé pour cela. Et ceux et celles qui n’ont pas pu les obtenir aussi. Malheureusement, ces organismes ont des ressources finies.

Écrire est non seulement un travail, mais c’est aussi un métier.

Cela exige:

  • des compétences (On parle ici de maîtrise de la langue dans toutes ses finesses, ses nuances, mais aussi de la connaissance des œuvres de ses prédécesseur.e.s et de ses contemporain.e.s),
  • un véritable savoir-faire (La création littéraire se distingue de la simple connaissance littéraire. Elle requiert un apprentissage spécifique, en université, en ateliers ou en autodidacte),
  • un travail acharné (Non, la muse ne frappe pas à la porte pendant que l’auteur.e rêvasse. L’auteur.e travaille. Ce qu’on appelle talent est le fruit de ce travail. C’est un savoir-y-faire),
  • de l’endurance (Les œuvres littéraires exigent souvent des années de travail, de recherches, de progressions, de réécritures, d’affinement des techniques),
  • de la pugnacité face aux multiples refus et même parfois jusqu’à trouver des voies de contournement,
  • des capacités sociales et commerciales pour vendre son œuvre, la faire exister dans le public, que l’on soit publié.e ou non dans une maison d’édition traditionnelle.

Il n’y a pas de littérature québécoise sans auteur.e.s québécois.e.s. Il n’y a pas de films québécois, sans auteur.e.s québécois.e.s. Il n’y a pas de séries québécoises sans auteur.e.s québécois.e.s. Il n’y a pas de chanson québécoise sans auteur.e.s québécois.e.s. Il n’y a pas de culture québécoise sans auteur.e.s québécois.e.s.

Les discours de nos politiques regorgent et se rengorgent de culture québécoise. La culture québécoise n’est pas immanente. Elle est le fruit des productions des artistes québécois.es. Comment peut-on défendre la culture québécoise sans soutenir l’activité de ses artistes? Pourrait-on enfin considérer le domaine artistique, et notamment littéraire, comme le domaine de la santé, articulé entre le public et le privé, parce que faisant partie intégrante d’un projet de société? Au lendemain de la Saint-Jean, sommes-nous encore assez fièr.e.s pour reconnaître enfin le travail de ceux et celles qui nous permettent encore d’exister au milieu d’un océan anglophone?

Bonne fête du Canada à tou(s).te.s!

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