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On nous a présenté l’IA comme un outil incontournable, sans nous expliquer comment cela fonctionnait. Vous savez, le mode d’emploi que vous feuilletiez en plusieurs langues, avant de trouver la vôtre? Celui qui disparaît de plus en plus au bénéfice de schémas compréhensibles de tous, réduisant le langage à quelques traits? Cela a son utilité. L’IA que l’on nous engage à consulter est un produit que l’on cherche à nous vendre, et ce dans tous les domaines et dans toutes les strates de la société.
Depuis quelques semaines, des discours dissidents apparaissent, nous mettent en garde sur l’effet mortifère de l’IA pour l’humanité. Et aujourd’hui, on jette un auteur dans la tourmente au nom de la vérité de l’IA. Alors, IA ou pas IA?

Thélyson Orélien n’est pas le premier auteur à succès, victime du soupçon nauséabond d’écrire à l’aide de l’IA. Souvenez-vous de l’affaire Freida McFadden. Cela remonte à seulement quelques mois. Une théorie née sur Internet était reprise par les médias traditionnels: Freida McFadden n’existerait pas, mais serait une IA. Les preuves avancées alors:
- l’autrice était d’une discrétion troublante, il n’y avait aucun lancement, pas d’entrevue, pas d’événement. Une grande absente.
- Un rythme de publication effréné
- Une écriture simple, directe.
Mais le premier élément de preuve ne figurait pas sur cette liste. Le premier élément de preuve, c’était le succès. Un succès rapide, foudroyant, planétaire. Et ça, c’était suspect.
Résultat des courses: Freida McFadden n’est pas plus une IA que vous et moi. Il s’agit seulement de Sarah Cohen, neurologue, qui souhaitait conserver son anonymat pour continuer d’exercer sa profession en toute liberté. Raté.
Pour Thélyson Orélien, la «polémique» a également commencé sur Internet. Et les médias traditionnels viennent de la relayer. Que l’on salisse un auteur et ses maisons d’édition ne semble poser problème à quiconque, tant le frisson du scandale est bon. Et chacun y va de son argument, en tant que grand connaisseur de l’IA, de l’écriture par IA et de l’écriture humaine. Quelles sont les soit-disant preuves ici?
- Pangram, un logiciel américain de détection de textes générés par l’IA, aurait signalé que C’était ça ou mourir était écrit à 100% par l’IA, à partir de 4 extraits du roman.
- Ce résultat a été publié sur le réseau social, connu pour sa grande fiabilité en matière d’information (sarcasme), X par un compte anonyme Balance ton Claude
- L’abondance (ou la surabondance pour certains) des métaphores, de figures de styles et d’aphorismes
- Les plus prudents expliqueraient cela par une co-écriture avec l’IA au moment du travail éditorial fait par l’auteur avec sa (ses) maison(s) d’édition.
Passons ces «preuves» en revue:
- Pangram est certes un outil de détection de textes générés par l’IA, qui semble avoir une excellente efficacité de prime abord, puisqu’on lui reconnaît 0.05% de faux positifs. Ça, c’est l’argument marketing du produit que l’on cherche à vendre aux maisons d’édition ou aux magazines et journaux pour les critiques littéraires.
- Pangram EST SURTOUT UNE IA, avec un rôle spécifique. C’est une IA de classification et d’analyse. Cela veut dire que l’on nourrit sans cesse Pangram avec des textes humains et avec des textes écrits par des IA génératives, comme Claude, Chat Gpt et bien d’autres. Le discours du fabricant du produit est que Pangram peut faire une étude comparée de ces textes et attribuer une probabilité quant à leur origine. Ce qu’il faut retenir, c’est que Pangram est une IA avec un fonctionnement d’IA. On va y revenir dans un second article, parce que ce point est crucial.
- La thèse énoncée et dénoncée par Thélyson Orélien, c’est que Pangram est nourri avec les textes de tradition littéraire française et avec les classiques, et qu’il ne peut donc pas apprécier l’originalité de son écriture basée «sur les images, les répétitions et les rythmes, synonymes d’une parole vivante, tirées de ses traditions haïtiennes et caribéennes.» Pangram ferait du racisme culturel.
- Sachant que C’était ça ou mourir faisait partie de la rentrée littéraire de Grasset préparée par Olivier Nora, cela jette le discrédit sur cet éditeur. Et ça, c’est vraiment stupide. Parce que, et de un, quiconque connaît le travail d’Olivier Nora sait combien on nage ici en Absurdisthan, et de deux, parce que C’était ça ou mourir est coédité par Boréal. Or, les éditions Boréal ont fait un communiqué qui soutient sans aucune réserve Thélyson Orélien. En voici quelques extraits: «
Thélyson Orélien, s’il vient tout juste d’être révélé au grand public, poursuit une carrière d’écrivain depuis maintenant 20 ans, soit bien avant l’avènement de l’IA générative
.» «Il a achevé le premier jet de son roman il y a plusieurs années, et le texte a ensuite mûri au fil de nombreux allers-retours avec son éditrice, dont témoignent les versions successives du manuscrit jusqu’à sa forme finale. Ce travail éditorial a été mené avec la plus grande rigueur, sans aucune intervention de l’IA.
» «Les analyses diffusées sont arbitraires et portent sur des extraits du roman, soumis à un outil dont la fiabilité est discutable et n’a, à notre connaissance, jamais été établie sur la prose romanesque francophone
.» - Parmi les œuvres dénoncées par Pangram comme étant le produit d’une écriture par l’IA, citons notamment la Bible, qui bien entendu ne date que de cette année (sarcasme).
Qu’est-ce que tout cela dit de nous? Si l’on compare le cas de Fredda McFadden et celui de Thélyson Orélien, on ne trouve qu’un seul point commun: le succès. Le succès critique et/ou populaire d’un roman, dans un monde où il est de bon ton de répéter ad nauseam qu’on ne lit plus, est suspect. Et ce n’est pas un hasard. Dans le monde du livre, plusieurs acteurs dont des auteurs, des libraires, des critiques et des Booktokeurs qui se targuent d’être à rebours des «tendances» considèrent les succès de librairie ou/et les rafleurs de prix littéraires comme étant surcotés. Un snobisme inhérent à notre «milieu», dans lequel l’autosabotage a encore de beaux jours devant lui. Parce que oui, cracher sur le succès d’un titre ou d’un auteur, c’est cracher sur ce qui nous fait exister en tant que milieu professionnel. Là est notre talon d’Achille, la porte d’entrée de toutes les rumeurs infectieuses. Tellement bien qu’aujourd’hui, le compte Balance ton Claude appelle au calme en disant que les résultats ne sont issus que de quelques extraits, qu’une probabilité d’erreur existe, et qu’il a choisi ce roman parce qu’il avait du succès. CQFD. Mais la rumeur, bien humaine celle-là, persiste.
Pour être claire, Thélyson Orélien et son roman C’était ça ou mourir sont victimes d’une campagne de salissage. Être humain, c’est aussi faire preuve de recul, d’intelligence. La vraie, cette fois. Achetez ce roman, lisez-le et écoutez-le. Peut-être que C’était ça ou mourir sera la porte d’entrée qui vous fera découvrir la littérature haïtienne.
Si l’on veut prendre un peu de hauteur, s’interroger sur la paternité d’une oeuvre dans le cadre IA vs humain est également significatif. De l’IA, notre quotidien est saupoudré. Partout. Une recherche Google, et voilà qu’apparaît une réponse de l’IA sans qu’on l’ait demandée. Un magasinage en ligne, et voilà qu’une IA nous interpelle pour savoir comment elle peut nous aider. Lisez un document .pdf, et l’IA apparaît systématiquement en vous disant que ce texte est long et qu’elle peut le résumer pour vous. Les Deep fakes pullulent sur les réseaux sociaux, les chansons générées par IA sont légion. S’impose alors à nous une question: qu’est-ce qui est vrai? Qu’est-ce qui est créé par un membre de l’espèce humaine et non par la machine? Cette confusion s’explique par le fait que nous utilisons un outil que nous ne comprenons pas, mais aussi parce que l’IA pose, par défaut, la question de l’essence de l’humanité. La semaine prochaine, je vous proposerai un second billet d’humeur (et je l’espère d’information) sur l’IA, toujours relié à la création, et en particulier à la création littéraire, dans le cadre du fonctionnement de l’IA.
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©Agence littéraire Laëns 2026











La romancière ne pouvait qu’exprimer sa stupéfaction et son indignation, alors que dans 