L’IA n’est pas Dieu. Épisode second

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

L’affaire Thélyson Orélien fait souffler un petit vent de panique, parmi les auteurs. Devra-t-on revenir à la machine à écrire? Est-ce qu’on doit se justifier de tout maintenant? Est-ce que cela veut dire que les maisons d’édition ne vont plus prendre de primoromanciers? Oui, mais, il paraît que pour tel texte écrit bien avant 2022, Pangram détecte une écriture 100% IA! Est-ce que c’est une machine qui va décider de l’humanité de mon écriture? Autant de questions et de commentaires qui jaillissent de toute part.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas de la première affaire du genre. Et pour prendre un peu de recul, penchons-nous sur un cas résolu, celui qui a secoué l’édition 2026 du Commonwealth Short Story Prize région Caraïbes. À la mi-mai, ce prix est attribué à la nouvelle intitulée «Le serpent dans le bosquet», de Jamir Nazir. Comme il l’était prévu dans le règlement du prix, la nouvelle est publiée sur granta.com. Et là, certains lecteurs croient reconnaître différents marqueurs d’une écriture générée par l’IA. Un chercheur, spécialiste de la question, Nabeel S. Qureshi va appuyer ce diagnostic, ainsi que Pangram et Claude. Le comité du Commonwealth Short story Prize vérifie alors auprès de l’auteur ce qu’il en est. Cette investigation (je préfère ici ce mot à enquête, parce que plus neutre) va durer un mois, au terme duquel Jamir Nazir ressort complètement blanchi. Il a pu fournir tous les documents nécessaires à retracer le processus d’écriture de sa nouvelle. Jamir Nazir est bien l’auteur de «Le serpent dans le bosquet».

Jamir Nazir, auteur de la nouvelle primée Le serpent dans le bosquet
Jamir Nazir, auteur de la nouvelle primée Le serpent dans le bosquet
Crédits photo: Commonwealth prize

La technologie de l’IA générative, même si elle est déjà avancée, est jeune. On va donc assister pendant quelque temps à des débats sur l’utilisation de l’IA dans le cadre de la production d’une œuvre artistique, et des lanceurs d’alerte vont soulever quelques lièvres. Rien de plus normal. Est-ce que le fardeau de la preuve incombe aux auteurs? Devez-vous faire quelque chose de plus pour prouver la paternité (ou la maternité) de vos écrits?

Ce que vous avez déjà (l’historique des versions et le suivi des modifications, les métadonnées du fichier, les traces de vos recherches, celles d’échanges et de collaboration) devrait amplement suffire.

  • Les traces de vos recherches : fiches de personnages, lignes de temps, cartes mentales, bibliographie, éventuellement journal d’écriture sous toutes ses formes possibles
  • les traces d’échanges et de collaborations: courriels, messages (textos, Whatsapp, etc.), commentaires et annotations
  • L’historique des versions et le suivi des modifications
  • Les métadonnées de vos fichiers (date, temps total d’édition, etc)

Vous n’avez pas besoin de payer quoi que ce soit, ni qui que ce soit pour documenter votre processus d’écriture. Je vais continuer cette série de billets. Le prochain portera sur la place de l’IA dans le processus d’écriture.

____________________________________________________________

©Agence littéraire Laëns 2026

L’IA n’est pas Dieu. Épisode premier

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

On nous a présenté l’IA comme un outil incontournable, sans nous expliquer comment cela fonctionnait. Vous savez, le mode d’emploi que vous feuilletiez en plusieurs langues, avant de trouver la vôtre? Celui qui disparaît de plus en plus au bénéfice de schémas compréhensibles de tous, réduisant le langage à quelques traits? Cela a son utilité. L’IA que l’on nous engage à consulter est un produit que l’on cherche à nous vendre, et ce dans tous les domaines et dans toutes les strates de la société.

Depuis quelques semaines, des discours dissidents apparaissent, nous mettent en garde sur l’effet mortifère de l’IA pour l’humanité. Et aujourd’hui, on jette un auteur dans la tourmente au nom de la vérité de l’IA. Alors, IA ou pas IA?

Thélyson Orélien n’est pas le premier auteur à succès, victime du soupçon nauséabond d’écrire à l’aide de l’IA. Souvenez-vous de l’affaire Freida McFadden. Cela remonte à seulement quelques mois. Une théorie née sur Internet était reprise par les médias traditionnels: Freida McFadden n’existerait pas, mais serait une IA. Les preuves avancées alors:

  • l’autrice était d’une discrétion troublante, il n’y avait aucun lancement, pas d’entrevue, pas d’événement. Une grande absente.
  • Un rythme de publication effréné
  • Une écriture simple, directe.

Mais le premier élément de preuve ne figurait pas sur cette liste. Le premier élément de preuve, c’était le succès. Un succès rapide, foudroyant, planétaire. Et ça, c’était suspect.

Résultat des courses: Freida McFadden n’est pas plus une IA que vous et moi. Il s’agit seulement de Sarah Cohen, neurologue, qui souhaitait conserver son anonymat pour continuer d’exercer sa profession en toute liberté. Raté.

Pour Thélyson Orélien, la «polémique» a également commencé sur Internet. Et les médias traditionnels viennent de la relayer. Que l’on salisse un auteur et ses maisons d’édition ne semble poser problème à quiconque, tant le frisson du scandale est bon. Et chacun y va de son argument, en tant que grand connaisseur de l’IA, de l’écriture par IA et de l’écriture humaine. Quelles sont les soit-disant preuves ici?

  • Pangram, un logiciel américain de détection de textes générés par l’IA, aurait signalé que C’était ça ou mourir était écrit à 100% par l’IA, à partir de 4 extraits du roman.
  • Ce résultat a été publié sur le réseau social, connu pour sa grande fiabilité en matière d’information (sarcasme), X par un compte anonyme Balance ton Claude
  • L’abondance (ou la surabondance pour certains) des métaphores, de figures de styles et d’aphorismes
  • Les plus prudents expliqueraient cela par une co-écriture avec l’IA .

Passons ces «preuves» en revue:

  • Pangram est certes un outil de détection de textes générés par l’IA, qui semble avoir une excellente efficacité de prime abord, puisqu’on lui reconnaît 0.05% de faux positifs. Ça, c’est l’argument marketing du produit que l’on cherche à vendre aux maisons d’édition ou aux magazines et journaux pour les critiques littéraires.
  • Pangram EST SURTOUT UNE IA, avec un rôle spécifique. C’est une IA de classification et d’analyse. Cela veut dire que l’on nourrit sans cesse Pangram avec des textes humains et avec des textes écrits par des IA génératives, comme Claude, Chat Gpt et bien d’autres. Le discours du fabricant du produit est que Pangram peut faire une étude comparée de ces textes et attribuer une probabilité quant à leur origine. Ce qu’il faut retenir, c’est que Pangram est une IA avec un fonctionnement d’IA. On va y revenir dans un second article, parce que ce point est crucial.
  • La thèse énoncée et dénoncée par Thélyson Orélien, c’est que Pangram est nourri avec les textes de tradition littéraire française et avec les classiques, et qu’il ne peut donc pas apprécier l’originalité de son écriture basée «sur les images, les répétitions et les rythmes, synonymes d’une parole vivante, tirées de ses traditions haïtiennes et caribéennes.» Pangram ferait du racisme culturel.
  • Les éditions du Boréal, premier éditeur de C’était ça ou mourir, ont décidé d’agir prudemment et dans le respect d el’auteur. Voici quelques extraits de leur premier communiqué de presse: «Thélyson Orélien, s’il vient tout juste d’être révélé au grand public, poursuit une carrière d’écrivain depuis maintenant 20 ans, soit bien avant l’avènement de l’IA générative.» «Il a achevé le premier jet de son roman il y a plusieurs années, et le texte a ensuite mûri au fil de nombreux allers-retours avec son éditrice, dont témoignent les versions successives du manuscrit jusqu’à sa forme finale. Ce travail éditorial a été mené avec la plus grande rigueur, sans aucune intervention de l’IA.» «Les analyses diffusées sont arbitraires et portent sur des extraits du roman, soumis à un outil dont la fiabilité est discutable et n’a, à notre connaissance, jamais été établie sur la prose romanesque francophone.»

Qu’est-ce que tout cela dit de nous? Si l’on compare le cas de Fredda McFadden et celui de Thélyson Orélien, on ne trouve qu’un seul point commun: le succès. Le succès critique et/ou populaire d’un roman, dans un monde où il est de bon ton de répéter ad nauseam qu’on ne lit plus, est suspect. Et ce n’est pas un hasard. Dans le monde du livre, plusieurs acteurs dont des auteurs, des libraires, des critiques et des Booktokeurs qui se targuent d’être à rebours des «tendances» considèrent les succès de librairie ou/et les rafleurs de prix littéraires comme étant surcotés. Un snobisme inhérent à notre «milieu», dans lequel l’autosabotage a encore de beaux jours devant lui. Parce que oui, cracher sur le succès d’un titre ou d’un auteur, c’est cracher sur ce qui nous fait exister en tant que milieu professionnel. Là est notre talon d’Achille, la porte d’entrée de toutes les rumeurs. Tellement bien qu’aujourd’hui, le compte Balance ton Claude appelle au calme en disant que les résultats ne sont issus que de quelques extraits, qu’une probabilité d’erreur existe, et qu’il a choisi ce roman parce qu’il avait du succès. CQFD. Mais la rumeur, bien humaine celle-là, persiste.

Être humain, c’est aussi faire preuve de recul, d’intelligence. La vraie, cette fois. Achetez ce roman, lisez-le et écoutez-le. Peut-être que C’était ça ou mourir sera la porte d’entrée qui vous fera découvrir la littérature haïtienne ou peut-être pas, mais surtout lisez, comparez et ne craignez pas de vous tromper.

Si l’on veut prendre un peu de hauteur, s’interroger sur la paternité d’une œuvre dans le cadre IA vs humain est également significatif. De l’IA, notre quotidien est saupoudré. Partout. Une recherche Google, et voilà qu’apparaît une réponse de l’IA sans qu’on l’ait demandée. Un magasinage en ligne, et une IA nous interpelle pour savoir comment elle peut nous aider. Lisez un document .pdf, l’IA apparaît systématiquement en vous disant que ce texte est long et qu’elle peut le résumer pour vous. Les Deep fakes pullulent sur les réseaux sociaux, les chansons générées par IA sont légion. S’impose alors à nous une question: qu’est-ce qui est vrai? Qu’est-ce qui est créé par un membre de l’espèce humaine et non par la machine? Cette confusion s’explique par le fait que nous utilisons un outil que nous ne comprenons pas, mais aussi parce que l’IA pose, par défaut, la question de l’essence de l’humanité. La semaine prochaine, je vous proposerai un second billet d’humeur (et je l’espère d’information) sur l’IA, toujours relié à la création, et en particulier à la création littéraire.

N.B.: Je n’actualiserais ce billet que si Thélyson Orélien fait la preuve de sa paternité littéraire de C’était ça ou mourir.

____________________________________________________________

©Agence littéraire Laëns 2026

La culture québécoise s’écrit grâce à ses auteur.e.s.

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , ,

Le dossier consacré aux difficultés financières des artistes dans Le journal de Montréal et dans Le journal de Québec, s’il venait d’une bonne intention, ne fait que renforcer les préjugés de l’ensemble de la population envers nos artistes.

Le problème réside dans l’emploi du terme «passion». Dans le discours général, et malheureusement encore dans ce dossier, les artistes sont présentés comme ces gens qui veulent vivre de leur passion, autrement dit des enfants gâtés qui transforment leur loisir en métier. Quelle impudence à une époque où tant de travailleurs et travailleuses peinent à joindre les deux bouts! Comme si les artistes n’étaient pas des travailleurs et des travailleuses. A-t-on déjà reproché à des médecins, des ingénieur.e.s, ou encore à des professeur.e.s de vouloir vivre de leur passion?

Sur le plan légal (et fiscal), l’artiste est un.e travailleur.se autonome comme les autres. Le seul filet qu’il a est celui qu’il se tisse. Il y a effectivement des différences de statut entre un.e comédie.ne et un.e auteur.e, notamment en ce qui concerne l’assurance chômage. Et devinez quoi? L’auteur.e est le parent pauvre du monde artistique. Pourquoi? Parce que la littérature est toujours et encore considérée comme un «allant de soi», une prémisse qu’on ne remet pas en question. C’est acté. Débrouillez-vous. Nous ne sommes plus au XVIIIe siècle, où la plupart des auteur.e.s étaient des nanti.e.s. L’image perdure pourtant dans une figure romantique de l’individu qui mord sa plume à la lueur de la chandelle. On se réveille, on est au XXIe siècle. Être auteur.e n’est pas une posture. Ni une imposture pour téter à même les mamelles des organisations locales et/ou organismes gouvernementaux des subventions et autres bourses. Ceux et celles qui les obtiennent ont travaillé pour cela. Et ceux et celles qui n’ont pas pu les obtenir aussi. Malheureusement, ces organismes ont des ressources finies.

Écrire est non seulement un travail, mais c’est aussi un métier.

Cela exige:

  • des compétences (On parle ici de maîtrise de la langue dans toutes ses finesses, ses nuances, mais aussi de la connaissance des œuvres de ses prédécesseur.e.s et de ses contemporain.e.s),
  • un véritable savoir-faire (La création littéraire se distingue de la simple connaissance littéraire. Elle requiert un apprentissage spécifique, en université, en ateliers ou en autodidacte),
  • un travail acharné (Non, la muse ne frappe pas à la porte pendant que l’auteur.e rêvasse. L’auteur.e travaille. Ce qu’on appelle talent est le fruit de ce travail. C’est un savoir-y-faire),
  • de l’endurance (Les œuvres littéraires exigent souvent des années de travail, de recherches, de progressions, de réécritures, d’affinement des techniques),
  • de la pugnacité face aux multiples refus et même parfois jusqu’à trouver des voies de contournement,
  • des capacités sociales et commerciales pour vendre son œuvre, la faire exister dans le public, que l’on soit publié.e ou non dans une maison d’édition traditionnelle.

Il n’y a pas de littérature québécoise sans auteur.e.s québécois.e.s. Il n’y a pas de films québécois, sans auteur.e.s québécois.e.s. Il n’y a pas de séries québécoises sans auteur.e.s québécois.e.s. Il n’y a pas de chanson québécoise sans auteur.e.s québécois.e.s. Il n’y a pas de culture québécoise sans auteur.e.s québécois.e.s.

Les discours de nos politiques regorgent et se rengorgent de culture québécoise. La culture québécoise n’est pas immanente. Elle est le fruit des productions des artistes québécois.es. Comment peut-on défendre la culture québécoise sans soutenir l’activité de ses artistes? Pourrait-on enfin considérer le domaine artistique, et notamment littéraire, comme le domaine de la santé, articulé entre le public et le privé, parce que faisant partie intégrante d’un projet de société? Au lendemain de la Saint-Jean, sommes-nous encore assez fièr.e.s pour reconnaître enfin le travail de ceux et celles qui nous permettent encore d’exister au milieu d’un océan anglophone?

Bonne fête du Canada à tou.te.s!

____________________________________________________________

©Agence littéraire Laëns 2026

Merci, Julie.

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Le 28 octobre dernier, Julie Stanton est décédée. La phrase est brutale; le fait ne l’est pas moins. Dix jours auparavant, elle travaillait sur son dernier manuscrit intitulé Ta mort me tue (elle aimait imaginer que le comité de lecture tordrait du nez devant ce titre, tout en ajoutant: « ils vont dire que c’était prémonitoire ». Et cette perspective l’amusait beaucoup). On a beaucoup parlé de l’engagement de ses textes, des injustices qu’elle dénonçait, de l’espoir qui affleurait toujours son propos, mais ce qui traverse en premier lieu son œuvre, c’est ce qui la nourrissait au quotidien: l’amour.

Julie Stanton
Cr. Photo : Régis Mathieu
  • L’amour des siens (Élie ma joie, Mémorial pour Geneviève et autres tombeaux, L’ultime lettre d’amour, Ta mort me tue) et notamment de sa fille, Geneviève, décédée de la sclérose en plaques

tu es venue de chair et de sang

avec une odeur de sucre

j’avais le total excès de toi

l’impudeur de la passion

ses délices terribles

le lexique des dangers

à portée de la main

devant la possibilité du malheur

les coups bas des dieux

leur machine à broyer

qu’importait je t’adorais

(Mémorial pour Geneviève et autres tombeaux, p. 23)

  • l’amour de la vie (Dans le blanc des âges, Le Bonheur, cet illusionniste, L’ultime lettre d’amour),

Je veux connaître la suite toute la suite

la globalité de la suite.

La source les épis; les générations qui mettront le feu aux poudres.

Souhaitons que ce soit vrai.

(Dans le blanc des âges, p. 50)

Il y eut un soir

il y eut une aurore

des lendemains

multipliés par dix et mille.

Puis nous avons cessé

de compter.

Ça ne serait jamais assez.

(L’ultime lettre d’amour, p. 61)

  • l’amour de la littérature (On pense évidemment à Requiem pour rêves assassinés: Hommage à Pablo Neruda, qui lui avait valu d’être reçue en grande pompe à la Chascona, mais toute son œuvre est traversée de citations de poètes auxquels elle souhaitait rendre hommage). Ce que l’on connaît moins de Julie Stanton, c’est cette faim inextinguible de littérature qui la caractérisait. Elle lisait comme on respire. Elle lisait les titres qui faisaient la rentrée littéraire, Dominique Fortier avec fidélité et assiduité, Kim Doré, Audrée Wilhelmy, Kim Thuy, Catherine Mavrikakis, Martine Delveaux, Kateri Lemmens, Jean-François Beauchemin, Laure Adler, Maylis de Kerangal, Louise Glück, Marguerite Duras, Amélie Nothomb, Édouard Louis, entre autres. Julie Stanton était une lectrice exigeante, fréquentait assidûment les bibliothèques de Québec (la dernière année, « sa » bénévole lui était très précieuse), ainsi que la librairie du Quartier « Ils sont si gentils qu’ils me portent les livres à ma porte. »

  • l’amour de l’humanité et de notre planète, qui traverse toute son œuvre

L’oubli

de ce qui aura été pour tes pères et mères

sur des myriades de générations le cri

premier fugitif et terrifiant. Gardiens

d’une telle opulence. Tant de caribous!

Tant de rivières intactes! Ça papillonnait

de monarques, de lutin givrés et de

noctambules sombres. Les sources abon-

daient dans les gosiers.

(Nos lendemains de feu, p. 25.)

  • l’amour et la foi en la jeunesse,

Votre vieux monde nous vous le laissons

nous en inventerons un nouveau ça

devrait changer d’allure redevenir d’une

grande beauté après que nous aurons

semé la pagaille ici là partout pour donner

libre cours à l’espérance rageuse le futur

aura le cran de notre jeunesse en herbe

entendez-vous dans vos tours d’ivoire cla-

quer les sabots virtuels de nos chevaux de

bataille on jurerait qu’ils sont vrais tous

au galop tous à la charge.

(Nos lendemains de feu, p. 69)

  • l’amour de la sensualité

Les marées d’équinoxe

les paysages le souffle coupé.

L’aurore la falaise le grandiose

lui et moi

son œil mon œil.

Le carrousel des souvenirs.

Au lit, je les dénude

le lit s’embrase.

Je brûle

toujours avec ferveur.

(Dans le blanc des âges, p. 22)

  • L’amour pour son mari, Régis Mathieu (L’ultime lettre d’amour, Dans le blanc des âges, Ta mort me tue)

Chaque 12 mai, tu es là mais plus là.

Pour la première fois

ton vertigineux manteau de suède

ton feutre à la Harrison Ford dans Indiana Jones

ta sacoche lourde de tes passions.

Déjà conquise.

(Ta mort me tue, à paraître)

Il est difficile de conclure sur une vie que l’on aimerait inachevée, inachevable. Alors pour que la poète jamais ne meure, lisez. Lisez Julie Stanton. Découvrez la force de ses mots, traquez les indices et devinez la Femme (oui, je lui ai mis une majuscule).

____________________________________________________________

©Agence littéraire Laëns 2025

Le cauchemar de tout artiste: le plagiat

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Chaque rentrée littéraire ou presque voit son affaire judiciaire et/ou médiatique autour de l’acte de création littéraire. Qui ne craint pas de se faire plagier? Qui ne craint pas de se faire accuser de plagiat? L’histoire de l’édition regorge de procès, dont les conclusions judiciaires ont eu moins de retentissement que les prises de position de la rue ou des réseaux sociaux.

La question centrale derrière celle du plagiat repose en réalité sur celle du processus de création. Alors à partir de quoi crée-t-on? De sa propre expérience (élargie à celle de la famille, des amis, d’un village, d’un pays, etc.), de sources journalistiques (articles ou dossiers d’enquête, sujet et traitement de la nouvelle), de sources littéraires (bien des écrivains disent se nourrir de leurs lectures), de sources artistiques autres (représentations visuelles comme des photographies ou des peintures, par exemple), de phénomènes de société (l’impact des réseaux sociaux sur l’estime de soi), d’événements politiques ou/et historiques, de rêves, de souvenirs, d’idées que l’on veut défendre (féminisme), d’études scientifiques (astronomie, psychologie, etc.), et cette liste se tient loin de l’exhaustivité. Autant de domaines et une pléthore de possibilités pour chacun. Disons que tout ça participe de la sacro-sainte inspiration. Est-ce que l’inspiration (thème, lieu, personnages, voire même l’intrigue) suffit à authentifier l’originalité de la création? Pas plus qu’ un motton de glaise ne garantit l’originalité de la sculpture. D’autant que plusieurs de ces critères (héros, intrigue) touchent au mythe, à l’universel.

Un même thème peut se retrouver dans un bon millier de romans sans qu’il y ait contrefaçon. Même chose pour un lieu. À moins de l’avoir déposé. Et quelque chose me dit que l’Office de la propriété intellectuelle du Canada ne le permettrait pas, pour des raisons évidentes. Un prénom de personnage alors? Pour se vanter d’avoir inventé un prénom, il faut se lever de bonne heure. Rien ne peut dépasser l’imagination des parents quand il s’agit de nommer leur progéniture. Chaque fin d’année civile, des articles sont publiés à ce sujet à grand renfort d’exemples hilarants ou carrément consternants. L’actualité (et aussi https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/livres/franck-thilliez-accuse-de-plagiat-que-reproche-une-autrice-quebecoise-au-roi-du-polar-qui-dement-24-09-2025-RM6CYR63FNBZDFZOPAQW7MORSQ.php) me donne l’occasion d’examiner un prénom de personnage féminin: Angelune. Peut-on dire qu’un auteur l’a créé? Et si un autre l’utilise, aurait-on un cas de plagiat? Une rapide recherche sur Google montre qu’on retrouve ce prénom dans les premiers résultats au Yukon et en France, mais qu’il est particulièrement populaire aux Philippines.

Maintenant, supposons que l’auteur B crée une œuvre et que l’autrice A en écrive une fanfiction. S’agit-il d’un plagiat? Pas nécessairement non plus. Alchemised, de SenLinYu, (Hachette) est un roman de dark fantasy, lui-même adapté d’une fanfiction, Manacled, de la même autrice et issue de l’univers d’Harry Potter (le motton de glaise). Dans Alchemised, l’autrice a enlevé toute référence à HP et a créé un nouveau monde de nécromancie et d’alchimie. C’est une œuvre originale, qui résulte de combinaisons associatives différentes.

L’originalité de l’œuvre réside-t-elle dans le processus d’écriture? C’est ce qu’on serait tenté de penser. Et pourtant les formations en création littéraire se fondent sur le fait qu’on peut apprendre à écrire, qu’il existe des schémas d’intrigue, de relations et que ces schémas ne sont pas infinis. Par exemple, on va pouvoir relever une liste de types de conflits (internes au personnage ou entre personnages) et de leur résolution. Si je considère la table des matières du Thésaurus des conflits volume 1, les autrices en établissent 6 grandes catégories, dont les frictions relationnelles qui regroupent 29 conflits types, les échecs et erreurs qui en représentent 22, les dilemmes/tentations sur le plan moral seraient au nombre de 20, les devoirs et responsabilités (17), etc. Et si les types de conflits, de personnages, d’intrigues ne sont pas infinis, mais des déclinaisons des mêmes schémas, alors l’utilisation d’un même schéma narratif ne peut constituer la preuve d’un plagiat. Si vous décelez plusieurs points de convergence entre deux œuvres, cela n’implique pas pour autant que l’une est plagiée sur l’autre. Pas plus que la seule antériorité d’une œuvre sur l’autre.

Trois romans dont l’histoire se ressemble (et je suis certaine qu’on peut en trouver d’autres): Terminal Grand Nord d’Isabelle Lafortune, Une saison pour les ombres de R.J Ellory, Norferville de Franck Thilliez. Est-ce à dire que les auteurs se plagient? Non, cela implique surtout que le fait de société dont il est question dans ces trois livres, à savoir la disparition de nombreuses Autochtones, a enfin touché un grand public. Quel éditeur ou quelle éditrice n’a pas reçu un manuscrit portant justement sur le sujet traité dans le prochain à paraître?

Et le style dans tout ça? Admettons que l’autrice A possède une « voix » et un rythme qui lui sont « propres », et que l’auteur B raconte une histoire équivalente avec sa propre voix. S’agit-il d’un plagiat? Pas nécessairement. Parce que cette différence de voix va aboutir à des œuvres très différentes. Par ailleurs, le fameux regard de l’auteur, l’angle avec lequel il aborde un thème, sa divergence neuronale, confère à son œuvre une unicité. Nous sommes là plutôt dans l’ordre de l’impalpable. On peut toujours passer les textes au tordeur d’un logiciel, reste une dimension qui dépasse le seul logarithme: la sensibilité artistique.

De la sensibilité artistique à la sensibilité de l’artiste, il n’y a qu’un pas. Et il peut arriver qu’on ait le sentiment, voire la certitude, que son œuvre a été plagiée sans que ce soit nécessairement le cas. Pourquoi? Parce que de la création d’un autre, on ne voit que le produit fini, soit une très petite partie du travail de création. Et oui, on peut trouver bien des similitudes à deux œuvres sans qu’il y ait pour autant plagiat. Et cela peut même arriver au sein d’une même maison d’édition. Je pense ici au cas Camille Laurens/Marie Darrieussecq toutes deux publiées chez P.O.L. https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/plagiat-litteraire-l-affaire-camille-laurens-marie-darrieussecq-1571150 Et avec la certitude d’avoir été plagié vient le pathos: la révolte contre l’injustice avérée ou non. Comment se fait-il qu’elle ait plus de succès que moi, alors que c’était mon idée? On s’entend qu’on a rarement vu un procès en plagiat au sujet d’une « œuvre » qui aurait remporté un succès confidentiel.

Alors, existe-t-il des moyens pour prouver un plagiat? Si toutes les « preuves » de plagiat considérées individuellement peuvent être infirmées, on va alors considérer le faisceau de preuves. C’est pour cela que la plainte en contrefaçon va stipuler plusieurs éléments (par exemple: lieu, thème, type de personnages, époque, paraphrases) qui ajoutés les uns aux autres peuvent légitimer la suspicion de plagiat et permettre d’entamer une poursuite judiciaire.

Le travail de la défense consistera à:

  • montrer la nécessaire cohésion de ces éléments: par exemple, dans un certain type de lieu, on va retrouver nécessairement le même genre de personnages, ou l’utilisation du huis clos comme procédé littéraire, par exemple.
  • établir la paternité de l’œuvre: Chaque auteur fait un vrai travail de documentation avant d’écrire un roman et en conserve la trace sous forme de dossiers papier et/ou numérique, de livres lus, de notes, de courriels, etc. Il y a aussi les différentes versions de plan de l’œuvre, dans le cas où l’auteur travaille d’après un plan, et les différentes versions des chapitres. On peut également se référer aux autres œuvres d’un même auteur, dans lesquelles on va isoler plusieurs éléments récurrents: on pourrait alors parler de « signature ». Autant de traces de la filiation d’une œuvre.
  • et en dernier lieu à prouver que s’il y a ressemblance, il ne s’agit pas d’un effet de la volonté de l’auteur. Et cette preuve-là, tient en un adverbe: « sciemment. » Selon la loi canadienne du droit d’auteur (https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/c-42/page-14.html), le plagiat ou contrefaçon est fait sciemment. Un procès en plagiat est donc en partie ce qu’on appelle en langage populaire un procès d’intention. L’auteur B a-t-il sciemment contrefait un ou plusieurs éléments de l’œuvre de l’auteur A?

Voilà pourquoi bon nombre d’auteurs et d’autrices avouent ne pas lire pendant leur période de production. Ils craignent de plagier sans le savoir. La mémoire est un atout, mais aussi une faiblesse. Légalement, seule l’intention permet de distinguer le plagiat avéré de l’inspiration. Même si un livre A fait partie des documents examinés dans le cadre de la recherche pour un livre B, cela n’implique donc pas nécessairement que le livre B est un plagiat du livre A.

Avec tous les risques que cela entraîne, on peut se demander pourquoi plagier? Le plagiat est-il une voie vers le succès? Bien des maisons d’édition font clairement mention dans le contrat de publication que l’auteur garantit l’originalité de l’œuvre et qu’il dégage la maison d’édition de toute responsabilité à cet égard. Cela se présente en général comme suit: L’AUTEUR garantit que son œuvre est originale, inédite, et qu’elle ne viole, à sa connaissance, aucun droit d’auteur existant. L’AUTEUR garantit à l’ÉDITEUR que l’œuvre ne fait pas l’objet d’un autre contrat avec une autre société. L’AUTEUR garantit qu’il a pris tous les moyens que prendrait une personne raisonnable afin de s’assurer que l’œuvre ne porte atteinte à la réputation, à la vie privée ou à un autre droit de la personnalité de quelque personne. L’AUTEUR s’engage à tenir l’ÉDITEUR indemne de toute condamnation par un jugement final mettant en cause les déclarations et garanties de l’AUTEUR, sous condition pour l’ÉDITEUR d’aviser par écrit l’AUTEUR de toute réclamation ou de tout recours pouvant mettre en cause telles garanties dès qu’il en a connaissance. Ou en d’autres termes: tu copies volontairement, tu vas payer et tu seras seul à le faire. Je n’ai pour ma part vu que deux cas de plagiat supposés dans ma carrière, pour des milliers de manuscrits reçus. Et sur ces deux cas, un avait clairement confondu inspiration et copie.

Il y a le tribunal de la justice et il y a le tribunal social. Une affaire de plagiat n’est pas encore considérée comme recevable par la justice qu’on en trouve des mentions dans la presse, et donc dans les réseaux sociaux. Les factions se constituent et s’injurient joyeusement au nom de celui ou celle qu’elles croient défendre ainsi. Mais là aussi, on nage en plein pathos. Nos propres frustrations nous orientent vers un camp ou l’autre, au mépris de la recherche de la vérité. Et cela ne s’arrête pas là. Parce que l’affaire close, l’odeur de scandale reste et tache. On peut alors retrouver le chemin des tribunaux pour atteinte à la réputation.

*****

Deux exemples emblématiques de vol de propriété intellectuelle au Canada:

L’affaire Caillou: https://www.ledevoir.com/motcle/caillou

L’affaire Robinson: https://www.lapresse.ca/affaires/economie/quebec/200908/27/01-896193-chronologie-de-laffaire-claude-robinson.php

Pour aller plus loin sur l’aspect neuroscientifique de la création artistique:

« La création artistique au prisme des neurosciences » https://artcurhope.com/creativite-artistique-neurosciences/ ,

« la créativité » https://institutducerveau.org/fiches-fonctions-cerveau/creativite

Quelques références en ce qui a trait au processus de création littéraire:

Angela Ackerman et Becca Puglisi, Le thésaurus des conflits vol.1, La comédie française, 2025, ISBN: 9798299302745

Angela Ackerman et Becca Puglisi, Le thésaurus des conflits vol.2, La comédie française, 2025, ISBN: 9798299115444

Angela Ackerman et Becca Puglisi, Le thésaurus des traits de caractère positifs, La comédie française, 2024, ISBN: 9798303490239

Angela Ackerman et Becca Puglisi, Le thésaurus des traits de caractère négatifs, La comédie française, 2024, ISBN: 9798309687428

Joseph Campbell, Le héros aux mille et un visages, J’ai Lu, 2013, ISBN: 9782290069011

Stephen King, Écriture: Mémoires d’un métier, Albin Michel, 2001, ISBN: 9782226126702

John Truby, L’anatomie des histoires: comment devenir le maître des genres, Michel Lafon, 2025, ISBN: 9782749955827

K.M. Weiland, Creating character arcs, PenForASword publishing, 2016, ISBN: 9781944936044

K.M Weiland, Writing archetypal character arcs, PenForASword publishing, 2023, ISBN: 9781944936143

_____________________________________________

©Agence littéraire Laëns 2025

Le 12 août, j’achète un livre québécois. Et vous?

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Cette année, voici trois ouvrages, très différents les uns des autres. Un thriller, un roman féministe et de la poésie. Trois autrices: Sophie-Luce Morin, Marie Daoust et Julie Stanton.

Tout d’abord, Tu m’appelles Amalia, de Sophie-Luce Morin, La Rocade.

Couverture du roman, Tu m'appelles Amalia, de Sophie-Luce Morin

Si Sophie-Luce Morin a déjà écrit plus d’une vingtaine d’albums et de romans jeunesse et trois romans pour adultes, Tu m’appelles Amalia, est son premier thriller.

On y fait la connaissance de Jeanne Rivard, au moment où elle vit dans un chalet reculé, en pleine forêt. L’homme qui l’accompagne l’appelle Amélia et se dit son père. Un détail: Amalia n’a pas vu son père depuis plusieurs années, et cet homme, s’il a à peu près son âge, ne lui ressemble pas. Et puis ce qu’il lui raconte n’éveille aucun souvenir en elle. Qui est cet homme? Que lui veut-il?

Pour lire un extrait, cliquez ici.

Un excellent thriller psychologique, qui se déploie au fil des saisons.

Tu m’appelles Amalia est disponible sur le site des libraires et sur Amazon.

*****

Un océan de différences, de Marie Daoust, Goélette Éditions.

Un océan de différences, premier roman de Marie Daoust

Premier roman de Marie Daoust, Un océan de différences met en scène deux femmes de la même famille, séparées par le temps et par un océan de différences. La première, Marie, fait partie de cette génération qui va faire de l’émancipation son credo. Elle a soif de soleil, de liberté et est prête à traverser le monde pour la trouver. Alors qu’elle trace un bilan de sa vie, la seconde, Florentine, surgit du passé pour se raconter à son tour. S’installe alors entre ces deux femmes une correspondance intime et universelle, par-delà le temps et les océans.

Extrait: Mon pays d’origine est un pays de glace. J’en ai choisi un autre, de soleil et de sable rouge. J’ai laissé derrière moi les lacs, les rivières et les cormorans pour les kookaburras et la mer. On émigre facilement quand on a vingt ans. Mais avec les années, nos racines nous manquent, et la seule mention de notre pays nous attriste. Le mot « Québec » roule sur ma langue, tourne dans ma bouche et se propage dans tout mon être. Dans le mot « Québec » vit cette fillette que j’étais, en canot, sur un grand lac du Nord.

On ne choisit pas son pays de naissance; on l’aime. Celui que l’on choisit, on s’y adapte, on apprend à l’aimer. Je suis une vraie Québécoise « pure laine ». J’ai appris l’anglais avec difficulté, peur et humilité. Je maîtrise maintenant cette langue comme si c’était la mienne. Je ne sais plus si mes rêves se déroulent en français ou en anglais, mes phrases sont parfois confuses et des mots des deux langues s’y marient. Et les années passent. Mon pays me manque un peu plus chaque jour. Le vide dans mon cœur s’agrandit chaque mois qui s’écoule. J’ai perdu doucement la saveur des mots familiers.

*****

Dans le blanc des âges, de Julie Stanton, Écrits des forges.

Dans le blanc des âges, Julie Stanton

Julie Stanton installe sa poésie au centre même d’une histoire intime, celle d’une femme qui a décidé d’afficher son ardent désir de vivre face à la vieillesse et à la mort. Dans le blanc des âges recèle la gravité de l’inévitable dans un face à face rarement abordé si crûment. L’avancée en âge n’empêche aucunement cette battante de chercher encore et toujours à donner un sens à sa vie ni de fouiller l’univers et l’humanité en quête d’espérance.

Extrait:

Pour l’heure

il s’agit de vivre

tout entière dans ma peau mes os.

Sans nulle expérience du futur

ni boussole ni lorgnette, j’agrandis

mon territoire

dès qu’au sortir des draps je pose pied à terre.

À défaut de courir je traque les mots les célèbre les encre les apostrophe quand ils me résistent les supplie de revenir c’est avec eux que je dors ils m’étreignent au milieu de mes amours perdues.

               

___________________________________________________

©Agence littéraire Laëns 2025

Un océan de différences

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , ,

Un Océan de différences, premier roman de la Québécoise Marie Daoust, vient de sortir en librairie. Et comble du bonheur, nous avons la possibilité de la rencontrer au Salon du livre de Montréal, avant que cette voyageuse ne reprenne son envol vers les terres australes.

Un océan de différences, premier roman de Marie Daoust

Le roman : Née au milieu du vingtième siècle, Marie incarne cette génération d’après-guerre qui s’émancipe. En quête de soleil et de liberté, elle va quitter sa province pour faire du monde son nouveau terrain de jeu.

À la fin du dix-neuvième siècle, son aïeule, Florentine vit le destin typique, mais aussi extraordinaire, d’une femme dans le Québec rural de l’époque.

Deux femmes au caractère bien trempé dont les aspirations, les défis, les joies et les peines s’entrecroisent par-delà le temps, par-delà les océans.

Dans le cadre du Salon du livre de Montréal, Marie Daoust vous accueillera au kiosque 1651, le mercredi 27 novembre de 11h à 14h et le jeudi 28 novembre aux mêmes heures pour une séance de dédicaces et de jasette.

Marie Daoust en dédicaces au Salon du livre de Montréal 2024

___________________________________

©Agence littéraire Laëns 2024

Dans le blanc des âges

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , , , ,

Quand la pyramide des âges s’inverse, l’âgisme rampe et s’installe impunément dans la société, la vieillesse devient un tabou. Et aujourd’hui, nous n’y échappons pas. C’est dans ce contexte que vient de sortir le nouvel opus de Julie Stanton: Dans le blanc des âges (Écrits des Forges).

Toujours à la pointe de l’actualité qui nourrit sa poésie, Julie Stanton nous invite à regarder la vieillesse, tout droit, dans la lumière crue, dans le blanc des âges, avec autant de vitalité que de lucidité et de tendresse. Une poésie à découvrir, surtout quand on croit que « les vieux » forment une caste à cacher sous le tapis.

Un recueil attendu: « Julie Stanton, la doyenne de nos poètes, impose un grand désir de vivre dans sa poésie de résistance au temps, à la dilution des passions. Dans Le blanc des âges, comme on dit « dans le blanc des yeux », le courage d’une femme traduit la volonté de qui affronte sa vitalité malgré ce qui vient. « Livre-bilan », vibrant, n’évitant ni la désolation ni la détermination à poursuivre les mots justes, posés à même le coeur des choses, dans le tremblement d’une vive colère « de braise et de marbre ». Cette irrigation sanguine se fraie un chemin entre « la fureur du premier sang / et le flux de l’apaisement ». Toujours aussi pertinente, cette poésie contient des perles de tendresse. » [Hugues Corriveau, in La poésie d’ici en quelques recueils, Le Devoir, 20.01.2024]

Mot de l’éditeur:

Dans le blanc des âges, Julie Stanton

Julie Stanton installe sa poésie au centre même d’une histoire intime, celle d’une femme qui a décidé d’afficher son ardent désir de vivre face à la vieillesse et à la mort :

je ne sais
comment détricoter les lignes de ma vie
entre la fureur du premier sang
et le flux de l’apaisement

Dès lors, Dans le blanc des âges prend la forme d’un livre-bilan. Voyant l’addition des traces laissées par le temps et par les épreuves, la narratrice note que par-delà ses « jolis mensonges fardés » brille toujours « le vermeil de mon regard ».

J’ai conservé
d’Elle la révolte
devant le saccage du monde
l’absence de contrition
de rédemption.
Quand Elle ressurgit
de braise et de marbre
j’ai les saintes colères
de mes quinze ans.

Dans le blanc des âges est un recueil à de poèmes à la beauté inéluctable, qui recèle la gravité de l’inévitable dans un face à face rarement aussi crûment abordé. L’avancée en âge n’empêche aucunement cette battante de chercher encore et toujours à donner sens à sa vie. Ni de fouiller l’univers et l’humanité en quête d’espérance. De cette manière, elle surveille « L’éclaircie entre deux fins du monde ».

Au sujet de Julie Stanton :

Julie Stanton est poète et romancière. Née à Québec, elle y pratique divers métiers de l’écriture à partir des années 80, dont le journalisme indépendant[1]. Elle fait partie de la délégation des poètes québécoises, qui ont participé en 1997 et 1999 à la « Rencontre Internationale de Poésie féminine Contemporaine de Langue Française », qui s’est déroulée à Paris, sous les auspices des Messagères du poème. Julie Stanton a publié en revues dans Arcade, Estuaire et Le Sabord au Québec, dans Envol en Ontario, dans Les Cahiers Bleus, Midi, Le Temps Parallèle et Lieux d’Être en France. Elle a collaboré à plusieurs anthologies, tant au Québec qu’en France ou au Mexique.

En 2004, Requiem pour rêves assassinés : Hommage à Pablo Neruda[2] est lancé en présence de l’écrivaine à La Chascona[3] et est finaliste en 2005 pour le Prix Alain-Grandbois de l’Académie des lettres du Québec. En 2011, Parfaitement le chaos suivi de Élie ma joie est reçu comme « un solide recueil ciselé aux flammes et aux souffrances ». La même année, Carnets de l’Isle-aux-Grues reçoit le Prix du Patrimoine des régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches dans la catégorie interprétation et diffusion.

Finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2014 dans la catégorie «Poésie» pour Mémorial pour Geneviève et autres tombeaux (2013), Julie Stanton voit Le Bonheur cet illusionniste être publié par Les Écrits des Forges en mars 2017, suivi de L’ultime lettre d’amour en 2019, puis Nos lendemains de feu en 2021. Dans le blanc des âges est son dernier recueil en date.

[1] Lauréate des Grands Prix des Magazines du Québec en 1992, 1994 et 1995.

[2] Traduit en espagnol par Victor Hugo Ramos et publié en Argentine par Ediciones Botella al Mar sous le titre : Réquiem por sueňos asesinados en septembre 2017.

___________________________________________

©Agence Littéraire Laëns 2024

Un requiem en hommage à Pablo Neruda

Mots-clés

, , , , , , , , , , ,

Cela fait 50 ans aujourd’hui que Pablo Neruda, grand parmi les grands de la poésie chilienne, est décédé.

Requiem pour rêves assassinés – Hommage à Pablo Neruda, de Julie Stanton dont Thierry Bissonnette soulignait dans Le Devoir « la belle construction, entre fresque musicale et récit » et disait de « ce chant des morts qu’il est aussi un appel à combattre la noirceur qui nous entoure, celle qui tua les Lorca et les Neruda, celle qui décime les populations. » a valu à son autrice d’être finaliste au Prix de poésie Alain-Grandbois de l’Académie des lettres du Québec.

Parmi les critiques dithyrambiques reçues, celle du journaliste et critique littéraire, Luis Alberto Mansilla, a particulièrement ému Julie Stanton lors de la présentation du livre à Santiago: « Nous célébrons qu’une poétesse du Nord de l’Amérique, à une distance si grande des volcans, des pierres, des fleuves, qui nourrissent l’œuvre de Neruda, à une telle distance des Indiens, des mineurs et des paysans pauvres, à une telle distance du réalisme magique de l’Amérique du Sud, ait su capter les racines de l’humanisme nérudien, et soit arrivée à partager son invitation à s’engager du côté du peuple innombrable et ses luttes plus que séculaires. (…) nous sommes capables de percevoir la majesté de ce Requiem, que nous recevons avec émotion comme l’un des meilleurs tributs rendus dans le monde au centenaire de notre poète. »

Julie Stanton, Agence littéraire Laëns

Le mot de l’éditeur: Durant la nuit du 31 décembre 1999, alors que partout sur la planète on fête l’arrivée du troisième millénaire, une centenaire est assaillie par des images de son siècle et, à travers celles-ci, par les images de femmes et d’hommes dont la destinée l’a marquée, notamment Louise Michel, Marie Curie, Gaston Miron, Pauline Julien. Traînant dans son sillage leurs existences qu’elle s’approprie, interpellant la figure et l’oeuvre du grand poète chilien Pablo Neruda qui aurait eu 100 ans le 12 juillet 2004, elle célèbre leurs espoirs et pleure leurs rêves assassinés dans un vibrant Requiem où est évoqué aussi le sort de multiples exclus de la Terre. Adoptant l’écriture du chant poétique qui a donné forme à La Passante de Jérusalem, Julie Stanton nous convie à une traversée empreinte de gravité, accrochant ici et là quelques fables fantaisistes sur des vertus et des qualités qui cherchent encore leur vérité. Le texte est illustré par de très belles photographies de Régis Mathieu.

___________________________________________

©Agence Littéraire Laëns 2023

Kili$ arrive en librairie

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , , ,

C’est aujourd’hui que sort en librairie le second roman de Michel Picard, Kili$, un thriller sur fond de trafic d’armes, de réfugiés confiés aux bons soins d’une compagnie pharmaceutique et de terrorisme international.

 

Le roman :

Tchétchène d’origine russe et ancien trafiquant d’armes repenti, Ivan Gouchenko est abattu à son domicile. Le meurtre de ce PDG d’une division turque de la société Apobiotech Pharma, une transaction de 40 millions de dollars, des allégations de blanchiment de fonds et le vol d’un virus prennent une dimension internationale.

Pour percer le mystère, Fisher, directeur des opérations canadiennes chez Neuro-Alpha, demande au docteur Derren d’accéder à la mémoire d’un homme : Jalel Al-Hariz, un des terroristes les plus recherchés. Une mission de routine pour un analyste aux renseignements criminels. Une mission des plus palpitantes pour un neurologue.

Sauf que la belle-fille du trafiquant repenti se trouve au cœur de l’affaire. Et que l’ancienne flamme de Fisher est à son tour accusée de fraude.

Après Memoriam, on retrouve avec bonheur le tandem Fisher-Derren qui n’a de cesse de dénouer cet imbroglio de Kilis à Montréal, de la détresse d’un camp de réfugiés au laboratoire aseptisé de Bio Pharma. Et cela, quitte à défricher les mémoires les plus violentes, quitte à voler des souvenirs par effraction.

L’auteur :

         Titulaire d’un doctorat en sciences politiques, Michel Picard rejoint la Gendarmerie royale du Canada, à titre d’analyste aux renseignements criminels. Il a notamment participé à l’enquête du dossier Norbourg, créé et dirigé le programme de lutte contre la criminalité financière de l’Université de Sherbrooke.

Reconnu pour son expertise en matière de fraude, il donne des conférences tant au Canada qu’au Royaume-Uni, enseigne auprès de différents services de police au Canada et au Maroc et collabore régulièrement avec plusieurs chaînes télévisées (dont LCN, TVA et RDI).

En 2011, il publie aux Éditions Logiques son premier essai, Faites-moi confiance, autopsie des crimes financiers et son second en 2015, La Commission Charbonneau, les aveux d’un système corrompu, cette fois chez Stanké.

Si l’écriture d’ouvrages qu’il qualifie de techniques semblent aller de soi pour Michel Picard, c’est la fiction et les défis qu’elle comporte qui l’attirent. En 2020, son premier roman, Memoriam, paraît aux Presses de l’Université d’Ottawa. Il met en scène Philippe, un jeune neurologue qui consacre sa carrière à la maladie d’Alzheimer et souhaite disculper son père soupçonné de terrorisme. Michel met son expérience en analyse des renseignements criminels et son vécu au service de ses personnages.

___________________________________________

©Agence Littéraire Laëns 2021