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Archives de mot-clé : Éditions Boréal

L’IA n’est pas Dieu. Épisode premier

23 mercredi Sep 2026

Posted by Agence Littéraire Laëns in Actualités, On en parle

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Mots-clés

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On nous a présenté l’IA comme un outil incontournable, sans nous expliquer comment cela fonctionnait. Vous savez, le mode d’emploi que vous feuilletiez en plusieurs langues, avant de trouver la vôtre? Celui qui disparaît de plus en plus au bénéfice de schémas compréhensibles de tous, réduisant le langage à quelques traits? Cela a son utilité. L’IA que l’on nous engage à consulter est un produit que l’on cherche à nous vendre, et ce dans tous les domaines et dans toutes les strates de la société.

Depuis quelques semaines, des discours dissidents apparaissent, nous mettent en garde sur l’effet mortifère de l’IA pour l’humanité. Et aujourd’hui, on jette un auteur dans la tourmente au nom de la vérité de l’IA. Alors, IA ou pas IA?

Thélyson Orélien n’est pas le premier auteur à succès, victime du soupçon nauséabond d’écrire à l’aide de l’IA. Souvenez-vous de l’affaire Freida McFadden. Cela remonte à seulement quelques mois. Une théorie née sur Internet était reprise par les médias traditionnels: Freida McFadden n’existerait pas, mais serait une IA. Les preuves avancées alors:

  • l’autrice était d’une discrétion troublante, il n’y avait aucun lancement, pas d’entrevue, pas d’événement. Une grande absente.
  • Un rythme de publication effréné
  • Une écriture simple, directe.

Mais le premier élément de preuve ne figurait pas sur cette liste. Le premier élément de preuve, c’était le succès. Un succès rapide, foudroyant, planétaire. Et ça, c’était suspect.

Résultat des courses: Freida McFadden n’est pas plus une IA que vous et moi. Il s’agit seulement de Sarah Cohen, neurologue, qui souhaitait conserver son anonymat pour continuer d’exercer sa profession en toute liberté. Raté.

Pour Thélyson Orélien, la «polémique» a également commencé sur Internet. Et les médias traditionnels viennent de la relayer. Que l’on salisse un auteur et ses maisons d’édition ne semble poser problème à quiconque, tant le frisson du scandale est bon. Et chacun y va de son argument, en tant que grand connaisseur de l’IA, de l’écriture par IA et de l’écriture humaine. Quelles sont les soit-disant preuves ici?

  • Pangram, un logiciel américain de détection de textes générés par l’IA, aurait signalé que C’était ça ou mourir était écrit à 100% par l’IA, à partir de 4 extraits du roman.
  • Ce résultat a été publié sur le réseau social, connu pour sa grande fiabilité en matière d’information (sarcasme), X par un compte anonyme Balance ton Claude
  • L’abondance (ou la surabondance pour certains) des métaphores, de figures de styles et d’aphorismes
  • Les plus prudents expliqueraient cela par une co-écriture avec l’IA .

Passons ces «preuves» en revue:

  • Pangram est certes un outil de détection de textes générés par l’IA, qui semble avoir une excellente efficacité de prime abord, puisqu’on lui reconnaît 0.05% de faux positifs. Ça, c’est l’argument marketing du produit que l’on cherche à vendre aux maisons d’édition ou aux magazines et journaux pour les critiques littéraires.
  • Pangram EST SURTOUT UNE IA, avec un rôle spécifique. C’est une IA de classification et d’analyse. Cela veut dire que l’on nourrit sans cesse Pangram avec des textes humains et avec des textes écrits par des IA génératives, comme Claude, Chat Gpt et bien d’autres. Le discours du fabricant du produit est que Pangram peut faire une étude comparée de ces textes et attribuer une probabilité quant à leur origine. Ce qu’il faut retenir, c’est que Pangram est une IA avec un fonctionnement d’IA. On va y revenir dans un second article, parce que ce point est crucial.
  • La thèse énoncée et dénoncée par Thélyson Orélien, c’est que Pangram est nourri avec les textes de tradition littéraire française et avec les classiques, et qu’il ne peut donc pas apprécier l’originalité de son écriture basée «sur les images, les répétitions et les rythmes, synonymes d’une parole vivante, tirées de ses traditions haïtiennes et caribéennes.» Pangram ferait du racisme culturel.
  • Les éditions du Boréal, premier éditeur de C’était ça ou mourir, ont décidé d’agir prudemment et dans le respect d el’auteur. Voici quelques extraits de leur premier communiqué de presse: «Thélyson Orélien, s’il vient tout juste d’être révélé au grand public, poursuit une carrière d’écrivain depuis maintenant 20 ans, soit bien avant l’avènement de l’IA générative.» «Il a achevé le premier jet de son roman il y a plusieurs années, et le texte a ensuite mûri au fil de nombreux allers-retours avec son éditrice, dont témoignent les versions successives du manuscrit jusqu’à sa forme finale. Ce travail éditorial a été mené avec la plus grande rigueur, sans aucune intervention de l’IA.» «Les analyses diffusées sont arbitraires et portent sur des extraits du roman, soumis à un outil dont la fiabilité est discutable et n’a, à notre connaissance, jamais été établie sur la prose romanesque francophone.»

Qu’est-ce que tout cela dit de nous? Si l’on compare le cas de Fredda McFadden et celui de Thélyson Orélien, on ne trouve qu’un seul point commun: le succès. Le succès critique et/ou populaire d’un roman, dans un monde où il est de bon ton de répéter ad nauseam qu’on ne lit plus, est suspect. Et ce n’est pas un hasard. Dans le monde du livre, plusieurs acteurs dont des auteurs, des libraires, des critiques et des Booktokeurs qui se targuent d’être à rebours des «tendances» considèrent les succès de librairie ou/et les rafleurs de prix littéraires comme étant surcotés. Un snobisme inhérent à notre «milieu», dans lequel l’autosabotage a encore de beaux jours devant lui. Parce que oui, cracher sur le succès d’un titre ou d’un auteur, c’est cracher sur ce qui nous fait exister en tant que milieu professionnel. Là est notre talon d’Achille, la porte d’entrée de toutes les rumeurs. Tellement bien qu’aujourd’hui, le compte Balance ton Claude appelle au calme en disant que les résultats ne sont issus que de quelques extraits, qu’une probabilité d’erreur existe, et qu’il a choisi ce roman parce qu’il avait du succès. CQFD. Mais la rumeur, bien humaine celle-là, persiste.

Être humain, c’est aussi faire preuve de recul, d’intelligence. La vraie, cette fois. Achetez ce roman, lisez-le et écoutez-le. Peut-être que C’était ça ou mourir sera la porte d’entrée qui vous fera découvrir la littérature haïtienne ou peut-être pas, mais surtout lisez, comparez et ne craignez pas de vous tromper.

Si l’on veut prendre un peu de hauteur, s’interroger sur la paternité d’une œuvre dans le cadre IA vs humain est également significatif. De l’IA, notre quotidien est saupoudré. Partout. Une recherche Google, et voilà qu’apparaît une réponse de l’IA sans qu’on l’ait demandée. Un magasinage en ligne, et une IA nous interpelle pour savoir comment elle peut nous aider. Lisez un document .pdf, l’IA apparaît systématiquement en vous disant que ce texte est long et qu’elle peut le résumer pour vous. Les Deep fakes pullulent sur les réseaux sociaux, les chansons générées par IA sont légion. S’impose alors à nous une question: qu’est-ce qui est vrai? Qu’est-ce qui est créé par un membre de l’espèce humaine et non par la machine? Cette confusion s’explique par le fait que nous utilisons un outil que nous ne comprenons pas, mais aussi parce que l’IA pose, par défaut, la question de l’essence de l’humanité. La semaine prochaine, je vous proposerai un second billet d’humeur (et je l’espère d’information) sur l’IA, toujours relié à la création, et en particulier à la création littéraire.

N.B.: Je n’actualiserais ce billet que si Thélyson Orélien fait la preuve de sa paternité littéraire de C’était ça ou mourir.

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©Agence littéraire Laëns 2026

Rencontre avec Joanna Gruda

28 samedi Juin 2014

Posted by Agence Littéraire Laëns in Actualités, Rencontres d'auteurs

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Mots-clés

agence littéraire, agence littéraire laëns, Anne Hébert, Éditions Boréal, Boris Vian, Dany Laferrière, droits de traduction, Gabriel garcia Marquez, Gabrielle Roy, Joanna Gruda, L'enfant qui savait parler la langue des chiens, Marguerite Duras, premier jet, réécriture, Réjean Ducharme

Joanna Gruda

Crédit photo : Martine Doyon

Paru en février 2013, le premier livre de Joanna Gruda, L’enfant qui savait parler la langue des chiens, connaît un succès international… jusqu’à la Chine, qui vient d’acquérir les droits de traduction. Rencontre avec une primo-romancière à qui tout sourit.
Qu’est-ce qui vous motive à écrire ?

Le plaisir que ça me procure, simplement. Je n’arrive pas à trouver de meilleure réponse. C’est à la fois physique, émotif et intellectuel. Sensuel, même. Le plaisir d’inventer, de jouer avec les mots, les idées, de se prendre pour Dieu, de créer, quoi ! Parfois, forcément, c’est aussi cathartique.

 

L’enfant qui savait parler la langue des chiens s’appuie sur des faits réels, et en particulier sur une période de l’enfance de votre père : comment cela a-t-il influencé votre travail d’écriture ?

 Tout mon projet est parti de l’idée que j’avais une super histoire à raconter et que je voulais m’en servir pour me concocter un exercice d’écriture, une sorte d’atelier entre moi et moi. C’était aussi l’occasion de me lancer dans un projet de plus grande envergure qu’une nouvelle ou un court récit. Le fait d’avoir une histoire qui existait m’a permis de transcender ma peur du roman.

J’ai d’abord enregistré mon père pendant de longues heures. Mais ce n’est que quelques années plus tard que je me suis mise à l’écriture. En fait, je n’ai pu commencer à écrire qu’après avoir décidé de la forme que prendrait la narration. J’ai choisi d’écrire au « je », le narrateur étant mon père, le petit Julek. Ça m’a beaucoup stimulé, cette idée de me mettre dans la peau de mon père.

Ensuite, j’ai travaillé, retravaillé, en essayant de capter l’essence mais en me laissant libre aussi d’ajouter, d’enlever, d’adapter.

 

Si le processus d’écriture nécessite une discipline, quelle est la vôtre ?

Je trouve immensément difficile de m’asseoir pour écrire. Je ne sais pas pourquoi, étant donné le plaisir que je ressens presque toujours ensuite à le faire. Mais chaque fois, je procrastine en accomplissant toutes sortes de tâches que sinon, je remettrais à plus tard. Dans le fond, on pourrait dire que l’écriture me permet de rayer pas mal de choses sur ma todo liste. Je peux même aller jusqu’à classer des factures, ce qui n’est pas peu dire, dans mon cas. Une fois en panne d’idées ou simplement tannée de ramasser/faire du lavage/jeter des papiers, je m’installe et je commence généralement par relire des bouts de ce que j’ai écrit, pour me remettre dedans, pour retrouver l’atmosphère, le style de mon texte. Ensuite, j’ai habituellement du jus pour environ une heure et demie, pas beaucoup plus ; après, si je continue, ça devient lourd, laborieux. Mais ça vaut parfois la peine d’étirer la sauce, parce qu’il peut aussi y avoir des trucs intéressants qui surgissent de l’écriture forcée.

Quelle part avez-vous consacré au premier jet et ensuite au travail de réécriture pour L’enfant qui savait parler la langue des chiens ?

 

Dans mon cas, mon premier jet est souvent maladroit, sur le plan du style. Il y a beaucoup de répétitions, ça ne coule pas. Il me faut donc plusieurs étapes de réécriture. En fait, (…) quand je m’assois pour travailler, je commence toujours par relire des bouts de ce que j’ai écrit. J’en profite alors pour les améliorer, d’une façon légère, je dirais, au feeling, sans faire un travail en profondeur.

Ensuite, quand j’ai une grosse partie d’écrite, je fais une réécriture plus systématique.J’essaie alors de repenser la structure, de voir ce qui est de trop, ce qui est trop long par rapport au récit général. Cette étape peut être assez longue (et jamais tout à fait satisfaisante), car la structure n’est pas mon fort. Puis, je refais une lecture complète. À un moment donné dans tout ça, j’ai besoin d’un œil extérieur pour me ré-enligner ou pour m’aider à mieux comprendre ce qui me dérange sans que je sache mettre le doigt dessus.

 

Pourriez-vous évoquer la « carrière » internationale de ce livre ? De quelle manière cela vous touche ?

Il y a déjà neuf contrats de traduction signés (Pays-Bas, Pologne, Italie, États-Unis, Grande-Bretagne, Brésil, Espagne, Turquie, Chine) et quelques autres possibles. Je suis très touchée à l’idée que mon livre sera lu dans d’autres pays, que mes mots seront transposés dans d’autres langues. Je suis moi-même traductrice et ça me fait drôle de savoir que vont exister des versions de mon livre que je ne pourrai même pas lire. J’ai lu une première mouture de la traduction anglaise et j’ai trouvé que la traductrice avait très bien su capter mon style d’écriture. J’avais même parfois le sentiment que c’était ma langue, mais en mieux.

Comme il s’agit ici de l’enfance de mon père, ça ajoute une autre couche à mon attendrissement : ça me fait tout drôle de penser que des gens dans différents pays vont connaître son histoire.

 

Si vous deviez citer trois auteurs étrangers qui vous ont particulièrement marquée, quels seraient-ils et pourquoi ?

D’abord, trois, c’est difficile. J’en choisis trois qui m’ont touchée de façon différente, mais je me sens coupable envers plein d’autres !

Bon. Commençons par Boris Vian. L’écume des jours a été mon premier coup de foudre littéraire. J’étais adolescente et je lisais beaucoup (beaucoup plus que maintenant en fait). Un jour, sans doute après avoir terminé tous les Agatha Christie de la maison, je ne savais plus quoi lire et je me suis mise à fouiller dans la bibliothèque de ma grande sœur. J’ai pris le livre le plus magané, intriguée par ces paquets de feuilles décollées. Ça m’a flabergastée ! La liberté, l’invention, le côté ludique de l’écriture. Ce n’est pas la question, mais si je devais nommer un livre qui m’a donné le goût d’écrire, ce serait lui.

 

Marguerite Duras. Tout comme Vian, je l’ai découverte à une époque où j’avais beaucoup de temps pour lire. (Ça me manque !) Je me souviens d’être entrée dans son univers, d’avoir coulé dedans, d’en être restée imprégnée des jours entiers. Je me revois assise seule au St-Sulpice, par une journée d’été très chaude, à siroter un verre de vin rouge en m’imaginant dans la moiteur vietnamienne. À me parler dans ma tête avec des phrases qui se voulaient durassiennes.

 

Gabriel Garcia Marquez. Je trouve difficile de parler de Cent ans de solitude sans aller dans les clichés. Ce livre est un voyage, on embarque, on se laisse emporter dans un autre monde, dans un imaginaire coloré, épique, et il est très douloureux d’en voir venir la fin. Mais pour mieux en parler, il faudrait que je le relise. Tiens, c’est une bonne idée, ça.

 

Et du côté des auteurs québécois ?

Réjean Ducharme. Je ne sais pas pourquoi, mais son univers me semble aller de soi, il coule en moi naturellement, touche quelque chose de vrai en moi, de profond. Quand je le lis, je regrette de ne pas savoir écrire comme ça. J’aime la logique particulière de ses personnages enfants ou adolescents.

Dany Laferrière. Que je l’aime! J’adore sa simplicité, sa façon d’écrire avec l’air de ne pas écrire, sans effort (ce qui nécessite assurément le plus grand des efforts). On le suit, tant dans son monde extérieur qu’intérieur. Quand je le lis, c’est comme si c’était lui qui me racontait son histoire, j’entends sa voix, son accent dans ma tête.

 

L’enfant qui savait parler la langue des chiens raconte l’enfance du père de Joanna Gruda, pendant la seconde guerre mondiale entre la Pologne et la France. Julek a changé d’identité plusieurs fois, de pays, de langue. Il a vécu l’Occupation, fait un feu d’artifice avec les fusées allemandes…

 

l'enfant qui savait parler-GFJoanna Gruda, L’enfant qui savait parler la langue des chiens, Boréal, 2013, 9782764622162, 24.95 $

ou en Boréal compact, 9782764623060, 13.95 $l'enfant qui savait parler-poche

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