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Archives de mot-clé : direction littéraire

Un auteur, un ego (ou deux) et un réviseur

21 mercredi Jan 2015

Posted by Agence Littéraire Laëns in Actualités, Auteur publié, Conseils, Deuxième roman, Devenir écrivain

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Mots-clés

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     Mon réviseur, mon ego et moi : cela pourrait être le titre d’un livre ou d’un film, une relation triangulaire qui finirait mal. Ou pas. Mais c’est avant tout la réalité vécue des auteurs (et symétriquement de leurs réviseurs, directeurs littéraires, agents, etc.). Voici un billet de Mylène Gilbert-Dumas que je reproduis ici dans son intégralité avec son aimable autorisation, et paru lundi dernier sur son blogue : Une doyenne, une sorcière et un caniche.

« Mon réviseur, mon ego et moi

Réviseur-Mylène
Imaginez 300 pages de ce genre-là !

Pour certains auteurs, c’est lire le rapport de la direction littéraire qui est le plus difficile. Dans leur cas, ce que je décris dans ce billet s’applique au directeur littéraire.

Pour d’autres, comme moi, le plus dur consiste à passer au travers d’un manuscrit barbouillé d’un bout à l’autre de commentaires et de corrections, c’est-à-dire constater le travail que mon réviseur a fait sur mon roman.

Quand arrive ce passage obligé vers la publication de mon manuscrit, mon ego souffre.

Par bonheur, depuis que VLB éditeur est passé à l’ère du numérique, je n’ai plus à m’arracher les yeux pour déchiffrer ce qui est griffonné dans la marge. Jusqu’à Yukonnaise, chez mon éditeur, on travaillait sur papier, avec crayon de plomb et stylo rouge. Avec une correction au plomb, il y avait toujours moyen de moyenner. Avec le rouge, jamais.

Aujourd’hui, on travaille en «suivi des modifications» dans Word. Petit miracle de la technologie, cette fonction du logiciel permet d’écrire lisiblement des commentaires dans la marge et de corriger les erreurs directement dans le texte. Une belle avancée technologique.

C’est pas mieux pour l’ego, cependant.

Comme l’a dit un jour un éditeur de mes amis, matcher un auteur avec un réviseur relève d’une épreuve olympique. Quand on forme enfin un couple qui se comprend et qui s’aime (Oui, oui ! C’est important l’amour, ici.), on fait le max pour que ces deux-là travaillent ensemble le plus longtemps possible.

Ça fait deux romans que je suis en amour avec mon réviseur, même si c’était pas le même réviseur pour les deux romans. Le bonheur, pour moi, consiste à lire les commentaires et à m’écrier :

— Ouiiiiiiiiiiii !!! Il a compris ce que je veux dire !

— Yéééééééééé !!! Il a compris comment j’écris !

Je me pâme comme ça pendant une semaine et j’accepte presque toutes les suggestions de mon réviseur.

Je n’ai toutefois pas toujours été aussi enthousiaste devant mes textes révisés. Il y a eu des romans dans ma vie où j’avais juste envie de me rouler en boule dans un coin pour pleurer en me répétant à quel point j’étais poche puisque mon réviseur avait écrit partout partout pis réécrit partout ailleurs comme si c’était encore possible d’en rajouter une couche.

Voyez-vous, mon ego, il est comme tous les ego. Il n’aime pas qu’on lui dise :

— Tu as fait une faute ici, une autre là, une troisième ici !
— T’as pas le droit d’écrire ça.
— Ce mot-là est un anglicisme. En français on dit…
— Cette formulation-là est calquée sur l’anglais, en français il faut écrire…
— Trop lourd. Reformuler.
— Confus. Reformuler.
— Se lit mieux de cette manière-ci.
— Se lit mieux de cette manière-là.
Etc.

Mon ego, quand il ouvre le fichier de réviseur, il monte aux barricades. Dès la première correction, il fourbit ses armes en criant : T’as rien compris !

Mais voilà. Mon ego, c’est pas lui l’écrivain. Mon ego, c’est l’animal persuadé qu’il est bon, qu’il est fin et qu’il est capable tout seul. Et il est convaincu qu’il a raison pis que les autres sont dans le champ.

Comme écrivain à l’ego blessé, donc, j’ai longtemps pleuré en lisant les corrections de mon réviseur et je sais maintenant qu’il s’agissait de souffrance inutile pour deux raisons.

1. Souvent, le réviseur n’était pas fait pour moi. Vous savez, j’écris dans une langue très simple des textes qu’on peut lire à voix haute. J’insiste pour que le rythme respecte ma musique interne, celle qui hypnotise le lecteur. Si vous m’associez un réviseur un tantinet trop littéraire (ou persuadé qu’il aurait écrit ce roman mieux que moi), on ne s’entendra pas.

2. J’ai compris que l’inspiration est peut-être divine, mais que le canal, lui, est faillible. (Je pense que c’est Victor Hugo qui a dit ça.)

Je sais jusque dans mes tripes que les histoires et les images qui naissent dans ma tête sont merveilleuses. Pour moi, elles sont claires, mais elles ne le sont pour personne d’autre parce qu’il n’y a pas de mots dessus. Il n’y a que l’esprit de l’image ou l’esprit de l’histoire. Pour les rendre accessibles aux autres, il faut les mettre en mots. Je deviens donc le canal par lequel ces images et ces histoires seront communiquées au Monde. Et là, mesdames et messieurs, il y a de l’obstruction. Il y a des parasites. Ça griche et ça distorsionne. Je suis faillible parce que je suis un être humain. Je n’ai pas tous les talents et j’ai des faiblesses à n’en plus finir.

L’expérience m’a rendue meilleure pour traduire sur papier ce qui s’agite dans ma tête. Je dis meilleure et non pas parfaite. Je ne pense pas qu’on puisse rendre à la perfection ce qui bouillonne dans l’esprit créateur. C’est insaisissable. Il y a trop de mouvements, et les angles sont arrondis au point qu’on ne sait par quel bout prendre l’idée.

Et mon ego, là-dedans ? Ben j’ai appris au fil des ans à le faire taire en lui servant un argument béton : Si mon réviseur n’a pas compris, mon lecteur ne comprendra pas non plus.

Bref, le travail du réviseur (et du directeur littéraire), c’est de rendre accessible au public visé les bijoux nés de l’imagination de l’artiste. Il n’est pas un ennemi et il n’est pas un supérieur. On travaille ensemble parce que deux cerveaux valent mieux qu’un dans ce domaine.

Quand chacun a saisi ça, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et moi, par la suite, au moment d’ouvrir des bulles, je ne le fais plus avec le soulagement qui suit un calvaire, mais avec la satisfaction du travail bien fait. »

Savoir choisir son temps

24 lundi Fév 2014

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temps des verbesBeaucoup d’écrivains utilisent le passé simple. Ils l’adorent, le saupoudrent généreusement sur leur manuscrit et ils en mettent partout. Savoir écrire ne veut pas dire écrire au passé simple. Il faut savoir quand utiliser les différents temps. Voici les différents usages du passé simple, de l’imparfait, du présent et du passé composé. Quand on les maîtrise, on peut alors ajouter quelques nuances avec les autres temps.

1)    Le passé simple.

On l’a tous appris à l’école, le passé simple est le temps du passé qui convient aux événements ou actions passées et brèves. « Il fit irruption dans la pièce ». Mais ce n’est pas tout. Depuis Benveniste[1], on admet que le passé simple correspond au temps de l’exposition désincarnée d’un événement. Cela signifie qu’on emploie le passé simple pour énoncer un événement, et cet énoncé est désincarné, comme si l’événement décrit se racontait lui-même et non par l’intermédiaire d’un locuteur. Dans l’exemple précédent « Il fit irruption dans la pièce », il n’y a aucune intervention d’un quelconque locuteur ou narrateur. Il s’agit d’une exposition d’un fait passé et bref. En ce sens, le passé simple introduit un discours désincarné.

Plus encore, si on écrit : « Priscilla sortit après souper. Le vent froid lui cingla le visage », on se représente très bien la scène, objectivement. Mais ressent-on ce que cela décrit ? On ne peut assister à et ressentir. La mise à distance introduite par le passé simple ne permet pas au lecteur de ressentir. Cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas l’employer, cela veut dire qu’on doit le faire en toute connaissance de cause.

Avec tout choix de temps, on doit tenir compte de la concordance des temps. L’emploi du passé simple dans une subordonnée exprime une action passée brève : « Je me reposais quand l’orage éclata. » Mais lorsqu’on emploie le passé simple dans la proposition principale, on peut être amené à utiliser l’imparfait du subjonctif dans la subordonnée pour marquer la simultanéité ou la postérité ou le plus-que-parfait du subjonctif pour marquer l’antériorité. Non seulement, cela peut être lourd, mais ces temps ne sont employés qu’en français littéraire. On peut donc les utiliser, mais uniquement si le registre s’y prête.

Enfin, trop de passé simple enlève du relief au texte.

2)    L’imparfait

L’imparfait évoque un passé que l’on voit en cours d’accomplissement. En cela, l’imparfait évoque un événement dans sa durée.

En littérature, on distingue trois emplois de l’imparfait :

–         l’imparfait comme temps de la description : « Sa peau flasque dissimulait sous ses replis une grande colère. Seul son regard trahissait son sentiment. »

–         l’imparfait comme temps de l’habitude : « Elle se levait le matin à 7h pour se rendre à son bureau. »

–         l’imparfait d’action secondaire : dans ce cas, il exprime une action qui se déroule à l’arrière-plan par apport à une action de premier plan, qui elle se décline au passé simple. « Il regardait la télévision quand la porte s’ouvrit derrière lui. »

Un dernier mot au sujet de l’imparfait comme temps de description. Plus on l’emploie et plus le narrateur reste seul. Avec lui, vient le danger d’un monologue perpétuel. Il faut donc rester vigilant et rompre à l’occasion le ronron de l’imparfait, afin d’insérer de la vie, des dialogues, de l’action.

3)    Le présent

Beaucoup de littérateurs se plaignent que les nouveaux auteurs ne savent écrire qu’au présent. Ce n’est pas vrai. Chaque époque marque sa littérature (et vice-versa). On n’écrit pas au XXIème siècle comme au XIXème. Cela dit, le présent ne peut s’employer à tout va. Sinon, il lisse et écrase le texte.

– Le présent exprime un événement qui se déroule au moment où l’on parle. C’est le présent utilisé notamment dans les reportages. « La route est encombrée en raison de travaux sur le pont. »

– On peut aussi utiliser le présent pour énoncer une vérité générale, qui a valeur de principe : « Les vampires mordent leurs victimes pour s’en nourrir. »

– On emploie également le présent parmi des temps du passé pour donner l’impression que l’histoire se déroule devant nos yeux. Par exemple, dans Le loup et l’agneau de La Fontaine :

« Un agneau se désaltérait

Dans le courant d’une onde pure.

Un loup survient à jeun qui cherchait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirait. »

– Le présent a également une valeur d’habitude et pour cela s’adjoint un complément de circonstance : « Tous les jours, je me lève de bonne heure. »

4)    Le passé composé

Le passé composé est un temps particulièrement riche, doté d’un auxiliaire conjugué au présent et d’un participe passé. Il flirte avec le présent et le passé, mais pas seulement. En voici 6 emplois possibles :

– Le passé composé exprime une action accomplie dans le passé dont les conséquences sont liées au présent de parole : « J’ai apporté ton manteau pour ta sortie de ce soir. »

– Tout comme le présent, le passé composé peut énoncer une vérité générale, mais cette fois pour évoquer un événement qui s’est produit dans le passé et qui est susceptible de toujours se produire. On l’accompagne souvent d’un adverbe de temps comme toujours, souvent, jamais : « Tu as toujours agi ainsi avec les filles. »

– Le passé composé peut, notamment dans les dialogues, exprimer un futur antérieur : « Tu t’y mets dès maintenant et t’as fini dans 15 minutes. »

– Évidemment, le passé composé peut être employé pour exprimer une antériorité par rapport au présent : « Depuis que le jardin a refleuri, toute la famille semble plus heureuse. »

– On peut également utiliser le passé composé dans une phrase exprimant une hypothèse. Il exprime alors un futur antérieur. Dans ce cas, et ce cas seulement, on emploie le passé composé après la conjonction si. « Si tu as fini tes devoirs avant midi, tu pourras aller au centre commercial. »

– Le passé composé peut bien sûr exprimer un passé : un événement passé qui s’est déroulé une seule fois (et dans ce cas, il remplace le passé simple) « Ian est sorti avec Isabelle samedi dernier », mais également un événement passé qui s’est déroulé plusieurs fois. Dans ce dernier cas, on ajoutera un adverbe afin de marquer la fréquence. « Elle a souvent organisé des mariages dans cette salle. »

Il importe d’utiliser ces temps avec discernement. Pour savoir si vos textes exploitent correctement les temps employés, lisez-les à haute voix. Utiliser différents temps permet de mettre du rythme et du relief dans votre récit. Mais changer de temps rien que pour changer crée une sorte de cacophonie. Prenez le temps d’écouter et d’ajuster afin de trouver votre propre rythme.

©Agence Littéraire Laëns 2014


[1] Émile Benveniste est un linguiste français célèbre, né en 1902 et mort en 1976.

 

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